L’art de l’adaptabilité

Dans l’hindouisme comme dans le bouddhisme, le constat de départ est clair : derrière les apparences, la vie comporte inévitablement une part de souffrance.

L’être humain est naturellement attiré par le plaisir et cherche à éviter la souffrance. Pourtant, puisque l’impermanence est inhérente à la vie sur terre, ce à quoi nous nous attachons finit tôt ou tard par disparaître, et ce que nous tentons d’éviter finit souvent par se présenter à nous.

La réponse ultime proposée par ces traditions est le déplacement progressif de l’identification (mot clé) de tout ce qui est impermanent (le corps, les pensées, les rôles…) vers un principe considéré comme permanent en nous : le Soi.
Lorsque cette identification est pleinement établie, l’être est dit éveillé ou réalisé.

Mais ce chemin peut être long, exigeant, et peu accessible à court terme.

C’est pourquoi il me semble très intéressant de parler d’une voie plus immédiate, plus atteignable, et pourtant capable de transformer profondément notre manière de traverser la vie : l’art de l’adaptabilité.

J’aime voir l’adaptabilité comme la capacité à rester, autant que possible, en harmonie avec les circonstances, quelles qu’elles soient. Nous savons tous que là où il y a résistance, il y a souffrance. Refuser la réalité telle qu’elle se présente conduit souvent à la frustration, à la colère ou à la tristesse.

À l’inverse, lorsque l’on est suffisamment solide intérieurement pour danser avec la réalité, plutôt que lutter contre elle, la vie devient étonnamment plus simple.
Un corps souple est précieux, mais un esprit souple est un véritable outil de facilitation.

Il ne s’agit pas de perdre son âme ni de tout accepter passivement. Au contraire, j’ai toujours cherché à rester très fidèle à ce qui est juste pour moi, et à m’y engager, même lorsque le prix à payer était élevé. Mais certaines situations s’imposent à nous, qu’on le veuille ou non, et la seule liberté réelle consiste alors à y faire face dans les meilleures conditions. À apprendre à devenir, autant que possible, “tout terrain”.

L’adaptabilité, c’est l’art de rester dans l’œil du cyclone.

Le Tao Te King l’exprime avec une grande beauté :

“La marque d’un homme modéré
est sa liberté envers ses propres idées.
Tolérant comme le ciel,
solide comme la montagne,
souple comme l’arbre dans le vent,
il n’a pas de destination en vue
et tire parti de tout ce que la vie
vient mettre sur son chemin.
Rien ne lui est impossible
parce qu’il a lâché prise.
Il peut prendre soin des êtres
comme une mère prend soin de son enfant.”
(Tao Te King, chap. 59)

Yotham

Suivant
Suivant

L’amour “juste”