L’art d’être solide

Il m’arrive de croiser de plus en plus de personnes en état de burn-out et/ou sous antidépresseurs. Si ces mots peuvent soutenir, même modestement, celles et ceux qui sont concernés, il me semble utile d’explorer comment une approche parallèle peut contribuer à une amélioration de ces états, notamment à travers la notion de solidité intérieure.

La solidité, dans ce contexte, serait l’aptitude à rester présent et centré même sous pression et surtout la capacité à mettre en œuvre tout ce qui est possible pour aller vers ce qui est juste pour soi.

Regardons à présent du côté de la tradition. Lorsqu’on compare les différentes voies initiatiques dans le monde, on constate qu’une qualité, un prérequis, revient presque toujours : le courage.

Dans le tantrisme, dont le hatha-yoga fait partie, la notion de vīra, le héros, est très développée. Ce héros tantrique est courageux, non conformiste, déterminé. Il n’a pas peur de regarder ses peurs, de traverser ses conditionnements, de rencontrer ses zones d’ombre. Ce héros-là est aussi capable de rester en retrait lorsque c’est nécessaire, de demeurer dans l’ombre. Il sait écouter. C’est un être libre.

En Amazonie, terre où la solidité est parfois une question de survie, on parle de firmeza : stabilité, ancrage, centrage, alignement. Elle se manifeste par la posture, la respiration, le regard et la capacité à rester ancré dans le juste.

Dans la pratique du yoga, l’ancrage et l’affirmation peuvent se cultiver notamment à travers les postures debout (guerriers, triangles…). Les salutations au soleil apportent également de la tenue et de la souplesse. Les postures d’extension (cobra, arc…) contribuent, quant à elles, à l’ouverture, à l’expansion et à la solidité.

La respiration est, elle aussi, une clé majeure. Il s’agit de rester profondément relié à son souffle, en l’invitant à ralentir, à s’approfondir et à s’apaiser. La respiration alternée est également une pratique majeure pour revenir vers un état d’équilibre intérieur.

Lorsqu’un état de burn-out ou de dépression s’installe, la démarche gagne évidemment à être globale et holistique : thérapie, alimentation, hygiène de vie, ainsi que pratiques corporelles et respiratoires de ce type.

Nous avons tous le droit, et j’oserais dire presque le devoir, d’être bien avec nous-mêmes, bien dans notre habitat, bien avec la personne avec qui nous vivons, et bien dans le travail que nous faisons. C’est si précieux.

Comme en syntropie, où le jardin fleurit davantage grâce à une taille juste, la vie humaine semble, elle aussi, se développer au mieux sur un fil. Ce sont souvent les moments de crise qui permettent d’évoluer, de réfléchir et, parfois, de sortir la machette pour couper ce qui doit l’être, afin de mieux orienter son énergie et de s’installer dans ce qui est juste pour soi.

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L’art de ne pas savoir