L’art de ne pas savoir
Lorsque j’ai fait mes premiers pas dans le monde du yoga, j’adorais lire tout livre qui se rapprochait, de près ou de loin, du sujet. J’étais devenu un habitué, presque hebdomadaire, des librairies spécialisées à Paris, où je passais des heures à la recherche d’ouvrages toujours plus rares, censés révéler des secrets bien gardés.
Les années ont passé, et les livres comme les lectures se sont accumulés.
Puis, un beau jour, je suis tombé sur cette phrase :
« Dans la recherche du savoir,
chaque jour quelque chose est ajouté.
Dans la pratique du Tao,
chaque jour quelque chose est lâché… »
Aujourd’hui, je n’ouvre plus aucun de ces livres. J’en ai trop lu, jusqu’à atteindre une forme de saturation.
Cette citation du Tao Te King résonne désormais bien davantage avec mon élan actuel : désapprendre.
Chez Platon, le savoir est un discernement, une manière de voir juste au-delà des apparences. C’est d’ailleurs une idée très proche du yoga classique, où la délivrance vient d’un discernement clair entre le réel et le mental.
Chez Descartes, le savoir est une voie d’émancipation : par l’analyse et la méthode, l’être humain gagne en autonomie et en maîtrise.
Le taoïsme, quant à lui, se méfie du savoir abstrait, mais reconnaît un savoir fonctionnel : un savoir qui sait quand agir, quand ne pas agir, et comment s’accorder au mouvement de la vie. Pas plus.
Pour lui, plus on pense savoir, plus l’écoute se limite.
Quand tout est déjà bien rangé dans le mental, quand on croit savoir, une certaine fermeture apparaît, parfois même une forme d’arrogance. Le risque est alors de ramener constamment les choses à ce qui est déjà connu, à notre savoir acquis et très probablement partiel.
La pratique nous invite alors à être de moins en moins dans les concepts, les commentaires et les préjugés.
Lorsqu’il y a simplicité et humilité, il devient possible de rester pleinement ouvert à ce qui se présente, sans chercher à y plaquer tel ou tel savoir, telle ou telle idée.
Il y a alors un accueil véritable de ce qui est, une disponibilité que l’on pourrait qualifier de multidimensionnelle.
Le rapport à l’instant présent ne passe plus par la tête, mais par le corps, par la sensation et par l’intuition.
Il y a des questions pour lesquelles il n’y a pas de réponse. Le mystère, justement.
La tête vide, le cœur plein, et tout prend sa place.