L’art de voir

L’être humain a toujours eu, et peut-être encore davantage aujourd’hui, des opinions très tranchées. Pourtant, penser détenir une vérité plutôt qu’une autre n’est pas sans conséquences. Essayons, dans la limite des quelques lignes qui suivent, d’exposer une manière différente et originale d’aborder ce qui nous entoure.

« Lorsque les gens voient certaines choses comme belles,
d’autres deviennent laides.
Lorsque les gens voient certaines choses comme bonnes,
d’autres deviennent mauvaises… »
Tao Te King, 2

C’est notre regard, appuyé par le mental, qui crée la dualité et génère les opposés.

On le sait : le mental est fait pour classifier, nommer, organiser. C’est indispensable à la vie. Sans lui, impossible de fonctionner, de se repérer, de survivre.

L’accent mis sur la dualité est profondément ancré dans notre culture, dans nos sociétés, dans nos religions et dans nos manières de penser. Mais lorsque toute notre vision repose essentiellement sur cette logique, le prix à payer peut être élevé : émergent alors la différence, la séparation, la hiérarchisation.

Or les choses, avant d’être interprétées par notre mental, sont. Avant d’être beau ou laid, bon ou mauvais, un phénomène apparaît simplement. Il existe. Sans commentaire. Sans attribution.

En Orient, on cultive beaucoup ce regard qui ramène plutôt vers l’union que vers la séparation. La pratique consiste alors à apprendre à observer sans commenter, sans nommer, sans fixer, sans se placer soi-même au centre de l’expérience. Passer d’un regard personnel chargé d’histoire, de préférences, de subjectivité, d’acceptations et de rejets, à un regard impersonnel, accueillant et ouvert.

Certaines pratiques issues du zen vont volontairement dans ce sens. Elles utilisent des phrases ou des situations paradoxales pour amener le mental à ses propres limites. Lorsqu’il ne peut plus conclure, autre chose peut apparaître à la place : une qualité de présence.

Lorsqu’un tel regard unifiant s’installe, il nous ramène naturellement vers l’équanimité, cette capacité à rester présent et stable quels que soient les événements. Il permet d’accéder à ce qui se cache derrière les apparences. De toucher à l’essence. Au centre.

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